Le Saint jardin, préparer une future promesse.

 La semaison, c’est la dispersion naturelle des graines d’une plante, c’est la contraction des mots semer et saison. SEMAISON, ce sont des milliers de graines cachées dans la terre qui n’attendent que le climax propice pour germer, c’est une plante qui émerge des fissures du béton sur un trottoir en ville. C’est semer des histoires inspirantes au fil des saisons. Des récits de vies paysannes, aux côtés de celles et ceux qui s’engagent pour un quotidien plus durable et désirable. 
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Pour commencer cette nouvelle année en beauté, je t’emmène à la rencontre d’Anne-Christine Vouiller, architecte et graphiste de formation, aujourd’hui mosaïste, jardinière, fermière et créatrice du Saint Jardin : un lieu unique en pleine ville à Saint-Remy-les-Chevreuses mêlant animaux, plantes et humains dans une synergie inspirante.
L’aventure, au départ un projet familial, commence en 2006. Très vite Anne-Christine, qui a vécu en communauté auparavant, réfléchi à ce qu’elle va créer sur cette parcelle de jardin de 3 000 M2 en fond de vallée. Tout est une histoire de vides et de pleins dans ses paysages : elle observe longuement comment travailler le relief, où implanter des abris, quels arbres ont leur place dans ce jardin féérique, ça semble presque instinctif pour elle. Eloge de la lenteur et du labeur, elle refuse de gâcher son énergie en agissant trop vite : sur 1m2 de terrain et 10cm de profondeur de sol, on dénombre plus d’êtres vivants que d’humains sur terre, chaque pas est donc à effectuer en conscience pour ne pas bouleverser tous ces écosystèmes dont nous faisons partie intégrante. Cette philosophie, elle l’applique à tous les pans de sa vie. À l’image de son travail de mosaïste ou l’élaboration un mur en pierres sèches, elle met un point d’honneur à penser chaque morceau de carrelage, chaque pierre afin de trouver sa parfaite place, celle qui créera une oeuvre équilibrée, qui fera tenir le mur et ravira les yeux.

Aujourd’hui ce sont pas moins de 16 abris que l’architecte de formation a construit avec l’aide des personnes qu’elle accueille régulièrement, ils en bâtissent un à deux par an me dit elle.

D’ailleurs, toujours pleine d’idées, elle prévoit de rénover la maison de sa ponette, Nenette, dans les jours à venir pour la mettre à l’abri de l’humidité et de l’arthrose. Mais pas question d’aller chercher des planches neuves : le recyclage est à l’honneur. C’est ce qui me séduit dans son discours, empreint de simplicité et de poésie. Ici on fait les poubelles, on récupère des plantes, des planches, de la nourriture. J’aimerais que vous entendiez Anne-Christine parler des bennes dans lesquelles elle récupère ce que d’autres ont jugé sans intérêt, la faute à une consommation de masse qui prône l’éphémère. Le simple acte d’ouvrir le couvercle d’une benne sans savoir ce qu’on va y trouver prend des airs magiques, attendu comme un trésor enfoui sous les déchets « Je prépare une future promesse » dit-elle en parlant de cette rencontre inattendue entre deux objets récupérés, qui vont s’unir pour trouver au sein du Saint Jardin une nouvelle vie. Il est beau ce jardin, plein de connexions improbables, paré de matériaux et d’objets les plus incongrus qui trouvent ici leur place et finissent par former un paysage unique, à l’image de ce tambour de machine à laver placé en hauteur, devenu un pot de fleur qui égaye le paysage hivernal de ses pensées.

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Si sur les papiers le lieu lui appartient, Anne-Christine ne s’en sent pas vraiment propriétaire, mais passeuse d’une terre qu’on lui prête « Il n’y a aucun plaisir à posséder ». À cette image, elle aime transmettre, c’est pour ça qu’elle accueille beaucoup de personnes en workaway, des locataires, des praticiens qui créent une vie cosmopolite dans cette grande maison où l’on partage les cultures et les savoirs « je voyage dans le monde entier sans bouger d’ici ». Son salon, très haut de plafond, invite à s’y poser autour d’un air de musique, d’un cours de yoga ou d’une création en mosaïque. Plus nous parlons et plus l’accompagnement global de l’être me semble être l’une de ses missions. Elle aime questionner, encourager, transmettre, il est évident que les gens ne passent pas ici par hasard « il faut composer avec l’inexactitude des uns et des autres » me dit-elle. Ce qu’elle souhaite avec l’association du Saint Jardin, c’est créer une synergie commune autour du recyclage, de la nature, du bien-être. S’investir, ensemble, pour créer de la beauté dans chaque acte, et il en faut « la beauté c’est la dernière carte qui nous reste ». Régulièrement elle ouvre ses portes afin de partager quelques heures de son paradis avec des thérapeutes qui exercent dans une cabane, des voyageurs ou avec les passants « Il faut retourner de temps en temps dans la vie normale pour voir le paradis ici et ne pas arrêter de s’émerveiller ».

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Emerveillement, c’est un mot qui décrit parfaitement ce sentiment qui s’empare de moi quand je découvre le jardin, que je passe le pont de la marre pour atterrir dans l’un des cinq potagers du lieu, les yeux partout. Pourtant c’est l’hiver, la majorité de la végétation est au repos, ça doit être stupéfiant au printemps. Les enclos des poules et du lapin fourmillent d’objets glanés, colorés, qui animent le paysage. Au loin, on aperçoit un dôme géodésique en bois qui arrondit la vallée. Il a été construit avec l’aide d’Antoine, dit Jacob Kahru, connu pour expérimenter le « bushcraft » (La survie dans la nature avec le moins de ressources et en ayant le moins d’impact possible sur l’environnement), qui y

vit aujourd’hui. Au fond du jardin, sont méticuleusement entreposées les différentes trouvailles qui rejoindront le projet au moment venu.

Le terme « utopie » revient régulièrement quand on parle du Saint Jardin, ça m’intrigue. Utopie car si « il n’y a pas meilleur passage dans l’existence que quand on doit faire avec rien », ce genre de lieu n’existerait tout de même pas sans un capital de départ. Il n’en reste pas moins inspirant. À l’image du paysage, ici tout s’implante de la manière la plus logique possible : les rencontres, humaines ou non, créent au Saint Jardin des connexions là où au départ il n’y en avait pas. Thérapeutes, jardiniers, voyageurs, animaux, insectes, végétaux forment dans l’association du Saint Jardin une mosaïque en perpétuelle évolution dont chaque pièce, à son rythme, semble trouver sa place idéale dans ce microcosme préservé, à deux pas du tumulte des rails du RER.

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Pour le visiter ou participer aux activités de l’association :


 https://colibris-lafabrique.org/les-projets/le-saint-jardin
 

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