La Cabane à plantes, animer la campagne tourangelle autour du bien manger.

 La semaison, c’est la dispersion naturelle des graines d’une plante, c’est la contraction des mots semer et saison. SEMAISON, ce sont des milliers de graines cachées dans la terre qui n’attendent que le climax propice pour germer, c’est une plante qui émerge des fissures du béton sur un trottoir en ville. C’est semer des histoires inspirantes au fil des saisons. Des récits de vies paysannes, aux côtés de celles et ceux qui s’engagent pour un quotidien plus durable et désirable. 
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    Après un mois de mai à la météo incertaine, l’été s’installe doucement dans les jardins. Les fleurs de sureau éclosent avec le soleil dans les bocages tandis que cultures d’été semblent avoir pris profondément racine au potager. Pour Juliette Mallet, productrice de plantes aromatiques et de fleurs comestibles, la saison bat son plein.


C’est dans le sud de la Touraine, sur les terres familiales de ses parents à Sennevières qu’elle a posé, avec son mari Gaël, sa cabane à plantes il y a cinq ans. « On avait une envie de revenir à la campagne, de vivre plutôt de l’essentiel, manger le plus possible local et avoir une alimentation saine. »  Ce lien à l’alimentation, Juliette l’a toujours eu quand petite, elle mangeait des fleurs dans le jardin de sa grand-mère ou à l’adolescence, prise de passion pour la cuisine. Ça ne l’a jamais quitté. Elle travaillera six ans comme responsable d’une antenne de distribution de produits locaux, à La Ruche Qui Dit Oui !, avant que l’envie d’un mode de vie plus simple à la campagne ne la rattrape. Depuis, elle a adapté son métier afin qu’il s’aligne à son environnement « après est ce qu’on peut appeler ça un travail? On a mis des mots sur des choses » me dit Juliette pour qui l’activité agricole s’encre si profondément dans son quotidien qu’il serait difficile de la séparer du reste de sa vie « on a une vie qui est consacrée au jardin ». En cette période estivale, elle travaille au rythme de la lumière et retourne dans son séchoir à plantes le soir, une fois sa fille couchée. C’est intense, elle se reposera cet hiver, en suivant les saisons.

Ses cultures s’épanouissent sur un petit espace d’environ 1 000m2 qui entoure la charmante cabane en bois auto-construite dans laquelle elle transforme ses produits.

Juliette y cultive une cinquantaine de plantes aromatiques et de fleurs comestibles qu’elle vend en frais à des restaurateurs et transforme en tisanes, en condiments ainsi qu’en bouquets séchés. Les planches de culture sont travaillées en lasagnes (alternance de matières organiques azotées et carbonées), « ça me prépare la terre pour l’année suivante et puis je peux tout de suite planter dès que j’ai installé une nouvelle zone de culture. Le seul défaut des lasagnes c’est que ça s’assèche assez vite ». Il y a peu de travail du sol ici, il est argileux en profondeur, ça risquerait de le rendre collant et pâteux. Des zones enherbées sont disséminées entre les cultures afin de préserver la biodiversité du lieu et accueillir les auxiliaires. « Le vrai paysan, pour moi, connait sa terre, sait ce qui pousse dans chaque endroit ». Cette terre qui l’a vu naître, elle la connait bien: de cette parcelle en pente, drainante, réservée aux plantes méditerranéennes à celles, plus riche en humus, qui accueillent les cultures exigeantes. Quand elle désherbe, Juliette n’arrache pas tout, elle sélectionne des plantes à la pousse spontanée comme l’achillée millefeuille ou l’armoise commune, qu’elle utilise dans ses mélanges de tisanes. Et puis il y a son autre jardin, celui dans lequel elle va glaner du sureau, du houblon, du frêne ou des coquelicots « Je fais aussi de la cueillette sauvage, mon jardin c’est pas que mes cultures c’est un peu partout ».
 

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Un matin ensoleillé, nous partons direction le Berry, dans les champs d’un ami céréalier de Juliette, passé en agriculture biologique il y a quelques années. Nous serpentons entre les rangs de blé encore verts, au grain tendre et presque juteux, afin d’y récolter des coquelicots pour sa tisane La sauvageonne. Ils forment des taches rouges dans le paysage, presque translucides quand le soleil de fin de matinée les transperce. Un sac pour recueillir les pétales autour du cou, Juliette s’affaire. C’est que ça ne pèse pas lourd, il va falloir en cueillir beaucoup. Pendant les récoltes les deux paysans discutent avec passion des cultures, de leurs projets, de leurs enfants.
 

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La transmission c’est quelque chose de primordial pour celle qui a passé son enfance au milieu des agriculteurs. Sa fille Lili semble suivre le même chemin « ce qui est génial avec Lili c’est qu’elle est tellement avec moi que maintenant elle connait les plantes. Elle mange plein de choses que plein d’enfants ne mangent pas, elle est riche de ça. ».


Sur le chemin du retour, à l’entrée des Nouers (lieu dit des terres familiales), on passe près de la serre de la Cabane à plantes, pleine de couleurs et d’odeurs: sauges ananas, géraniums rosat, chrysanthèmes comestibles et autres coriandres se délectent de la chaleur.

Juliette me fait découvrir le nouveau potager, accolé à la serre, installé cette année pour compléter la production « on se concentre plus sur un potager nourricier, c’est à dire blindé de patates, blindé d’oignons: vraiment ce qui te nourrit. Parce que même si on fait beaucoup de tomates, ce sont des légumes un peu plaisir, il faut avoir un jardin bien rempli en hiver, surtout pour pouvoir faire de la conservation ».
 

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Avant de prendre le train, Juliette m’emmène récolter du sureau et du frêne près de la ville de Loches. Le panier, contrasté par l’ombre des arbres, se rempli des blanches ombelles de sureau. Le pollen vole partout jusque sur les visages. Une partie de la récolte ira au séchoir tandis que l’autre se transformera en champagne des fées, une boisson pétillante aux fleurs fraîches de sureau. Après avoir fermenté pendant trois semaines, elle agrémentera l’un des tout premiers cours de l’Atelier de la Cabane à plantes: le dernier projet de Juliette et de sa soeur Lucile, comédienne. Un lieu de vie dédié à l’univers des plantes, avec des ateliers pour découvrir la distillation ou la cuisine aux plantes, une ferme auberge centrée sur les produits du lieu ainsi que des expositions, des concerts et des spectacles. Un espace idéal pour créer du lien et animer la campagne tourangelle autour du bien manger.
L’atelier de la cabane à plantes ouvre ses portes au moment où je vous écris. Vous pouvez réserver vos repas et ateliers sur son site internet https://lacabaneaplantes.com/ et bien sur lui commander des tisanes, remplies de toute la passion qu’elle met dans ses produits. Juliette organise également des visites du jardin et du séchoir, pour découvrir son univers coloré et savoureux.

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