La ferme du Contrevent, d'un jardin familial à une ferme urbaine à Nantes.

 La semaison, c’est la dispersion naturelle des graines d’une plante, c’est la contraction des mots semer et saison. SEMAISON, ce sont des milliers de graines cachées dans la terre qui n’attendent que le climax propice pour germer, c’est une plante qui émerge des fissures du béton sur un trottoir en ville. C’est semer des histoires inspirantes au fil des saisons. Des récits de vies paysannes, aux côtés de celles et ceux qui s’engagent pour un quotidien plus durable et désirable. 
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L’automne est maintenant bien installé: les derniers légumes d’été macèrent dans leurs bocaux et les hirondelles ont quitté nos paysages français en direction du sud. Semaison a profité des dernières journées d’été pour partir à la rencontre d’une ferme nantaise qui se situe à mi chemin entre un lieu pédagogique et un espace de production maraîchère: la ferme du Contrevent.


Je passe le portail de la ferme du Contrevent un samedi matin de septembre, il est neuf heures et le soleil réchauffe déjà mes épaules. Je ne suis pas la seule à arpenter le jardin, un petit groupe de visiteurs fait connaissance sous un grand tilleul en attendant le début d’un atelier. Le thème? La lutte bio-integrée au potager. Ils sont cinq à avoir investi ce terrain familial situé dans le nord de Nantes il y a deux ans: Maxime, son père Pierre-Yves, Claire, Morgane et Ugo. L’aventure commence en 2019. « L’idée première est venue d’un voyage au canada où j’ai pu, pour manger le midi, récupérer deux ou trois trucs dans un jardin et me faire une salade comme ça. En fait, c’était juste cette action très primaire de base de cueillir et manger directement ce que tu arrives à faire pousser chez toi, et ça a fait tilt. ». De retour de voyage et après un diplôme d’ingénieur industriel, Maxime se met à rêver d’une ferme, sans sacrifier sa vie urbaine. C’est là que germe l’idée d’investir le jardin familial d’environ 2 500m2 pour en faire un espace comestible, un lieu de rencontre autour des plantes et de l’alimentation à Nantes. « Il est revenu avec l’idée de: j’ai envie de me rapprocher de la terre et j’ai envie d’implanter une ferme maraîchère urbaine » me dit Pierre-Yves, le père de Maxime qui a tout de suite été, avec sa compagne Claire, emballé par l’idée, d’autant que ce terrain ne leur servait que très peu. Maxime parle de ce projet à son amie d’enfance Morgane, en voyage elle aussi à ce moment là.

« On cheminait doucement chacun de notre côté » me dit Morgane qui découvrait l’agriculture en même temps que son ami, de l’autre côté du globe « un champ de possibles s’ouvrait à moi que je ne soupçonnais même pas ». « Ils se sont embarqués » se souvient Pierre-Yves, avec une idée en tête: « se ré-approprier sa propre alimentation ». Une phase d’observation se met en place, Maxime effectue une formation en permaculture avant de se lancer. La joyeuse troupe ôte l’herbe, dessinant ainsi les zones de culture; creuse les allées; décompacte le sol; l’amende grâce à des apports de matière organique et des engrais verts; plante des arbres pour reboiser l’espace; construit une serre géodésique… Un long travail pour faire revivre cette prairie « Pendant des années avec Claire, on s’est évertués à maintenir propre la prairie mais finalement on n’y passait pas beaucoup de temps autre que quand on devait tondre. […] Depuis maintenant deux ans, c’est finalement là où il se passe le plus de choses, et sur le plan humain aussi » explique le couple. Rapidement, le quatuor est rejoint par Ugo. Lui qui pensait ne participer qu’à la création de la ferme n’en partira finalement plus. D’ailleurs, il invite à s’y encrer cet endroit, bulle verte dans le quartier pavillonnaire de la Boissière « les gens qui viennent ici, ils ont du mal à repartir… S’ils repartent! » plaisante Morgane.

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Aujourd’hui la ferme associative compte entre 300 et 400m2 cultivés, un petit espace comparé à la place dont elle dispose mais les maraîchers en herbe préfèrent commencer petit « ça n’aurait pas de logique de vouloir s’agrandir alors que tous les espaces dont on dispose actuellement n’ont pas une utilité particulière. » et multiplier plutôt les partenariats me dit Ugo, comme par exemple les ateliers proposés « L’enjeu cette année, c’est de commencer à avoir une base plus régulière des missions de ce type, d’avoir des écoles qui viennent sur place ». Le groupe travaille déjà avec quelques écoles des quartiers nord de Nantes, la pédagogie a toujours été un mot clef du projet. Il y aussi ces visites de la ferme, qui ont pour but de montrer aux jardiniers et jardinières amateurs et amatrices ce qu’il est possible de faire, même à petite échelle, dans un jardin. Le mot d’ordre: « se ré-approprier leurs jardins », comme cela a été le cas pour Claire et Pierre-Yves en 2019, quand ils ont pris conscience de l’abondance des possibles qu’offrait leur parcelle.

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Je me balade entre les allées à la lueur du soleil chaud des matinées de septembre. Morgane me dit que c’était bien plus beau en juillet, maintenant certaines plantes commencent à dépérir. Pourtant je le trouve magnifique le jardin à cette époque de l’année. Le soleil traverse les cosses des haricots qui sèchent sur les filets, dont le collectif récoltera les graines pour l’an prochain, ça fera d’ailleurs l’objet d’un atelier. Dans la serre, les dernières tomates rougissent de la chaleur tandis que Morgane et quelques bénévoles repiquent les oignons qui bientôt rejoindront la terre. Les poules réformées coulent des jours heureux, gambadant sous l’ombre offerte par les arbres à côté d’une parcelle faussement sauvage dans laquelle cohabitent haricots grimpants, courges et maïs: la fameuse association de cultures MILPA. Le maïs sert de tuteur aux haricots, les haricots apportent de l’azote aux plantations et la courge tient le rôle de plante couvre sol aux les deux autres. Ces légumes sont vendus sur le petit marché qu’ils organisent à l’entrée de la ferme le jeudi soir, réservé aux adhérents. L’étale est bien garnie: des légumes à tout va, des fruits aussi: du raisin, des pommes, des pêches, des petits fruits en saison… La production augmente, « d’année en année on se rend compte que c’est vraiment exponentiel » remarque Pierre-Yves, au gré de leurs envies de développer et faire connaitre le lieu. « Le potentiel de ce lieu est tellement grand que tout est possible. On a l’impression que tous nos rêves peuvent êtres réalisés ici. C’est hyper stimulant d’avoir ça a disposition pour réaliser tout un tas de projets » me dit Maxime, les yeux qui pétillent. Morgane renchérit « Il y a de l’affect en jeu. C’est à la fois ressource et hyper stimulant parce qu’il y a cette émulation, parce qu’on est entourés de gens qui osent entreprendre, qui osent rêver grand, qui se donnent les moyens de leurs ambitions pour aller vers du mieux pour la société.Quelque part, les jours ou on y croit un peu moins, voir tout ce monde qui gravite autour c’est ce qui re-boost. C’est ce pouvoir du collectif ». Dernièrement ce sont deux bassins qu’ils ont creusé avec l’aide des bénévoles qui viennent régulièrement donner quelques heures de leur temps pour nourrir ce projet. Je me balade près des deux mares, on me dit de faire attention, la végétation a bien poussé autour et je risque de tomber. Certains espaces sont laissés plus sauvages comme celui-ci afin d’accueillir la faune environnante sur le lieu, des alliés de choix pour protéger les cultures. Dans ces espaces, des fleurs sauvages, des hautes herbes sèches aux tiges moelleuses qui abriteront certains insectes. C’est ici que l’on trouve les petits fruits, les chemins n’y sont pas droits, c’est agréable de se promener là et partir à la découverte de la flore qui peuple ce lieu. Elle est belle cette profusion végétation étagée, ça me semble incroyable d’être dans un espace pareil au coeur d’une grande ville, moi qui suis plutôt habituée à voir de petits jardins partagés ponctuer les quartiers.

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Plein de projets se croisent à la ferme du Contrevent. Chacun travaille ici selon le temps qu’il peut y consacrer: Pierre-Yves est médecin, Claire est infirmière cadre de soin. Il y a Manger Dama, le service traiteur créé par Maxime et sa compagne Romane. Le couple propose des plats végétariens, cuisinés avec des produits locaux, bio, de saison et livrés à vélo « on aime dire qu’on essaye de défendre une alimentation cohérente ». Et enfin, Manie Yoga, les cours de yoga donnés par Morgane tout près de la ferme « il y a tellement de valeurs dans le yoga qui pour moi s’illustrent parfaitement à la ferme. Ça me tient à coeur d’offrir un moment de pause aux gens qui viennent pratiquer ici, c’est une peu hors du temps dans leur quotidien: ralentir, prendre soin de la terre mais aussi prendre soin de son corps. Ce sont des liens que j’essaye de faire entre les deux activités. ». « L’apogée c’est quand on a réussi à faire un yoga brunch cet été » me dit Morgane, réunissant Manger Dama, Manie Yoga et toutes les énergies de la ferme du Contrevent. D’ailleurs, la ferme tient son nom du roman de science fiction d’Alain Damasio « La horde du contrevent » dans lequel les personnages tentent de remonter le cours du vent pour en trouver l’origine, un livre qui inspire Maxime « dans ses valeurs d’effort, de groupe, de rapport au temps, à la nature, de diversité des personnes… Comment réussir avec le collectif à aller jusqu’au bout du chemin? ». Parce que, dans le roman comme à la ferme « ce qui est important ce n’est pas l’origine du vent, c’est le chemin ».

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La ferme du Contrevent, c’est une ferme pédagogique, un lieu de production maraîchère, un espace d’échange et d’accueil autour de la nature et des cultures potagères. Un jardin urbain pour (re)apprendre le cycle de production d’un fruit, d’un légume avec tout ce qui gravite autour. Un lieu de rencontres autour de l’agro-écologie en ville, un espace familial devenu collectif dans lequel tout devient finalement possible.


Pour les rencontrer? La ferme organise de nombreuses visites, indiquées sur leur page Facebook. Vous pouvez déguster les délicieux plats mijotés par Manger Dama en réservant ici et assister aux cours yoga animés par Morgane via son site web (bonus: quand il fait beau, les cours ont lieu à la ferme, sous les arbres).

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