La ferme de Logodec, valoriser le territoire breton avec la vache Bretonne Pie Noir. 

 La semaison, c’est la dispersion naturelle des graines d’une plante, c’est la contraction des mots semer et saison. SEMAISON, ce sont des milliers de graines cachées dans la terre qui n’attendent que le climax propice pour germer, c’est une plante qui émerge des fissures du béton sur un trottoir en ville. C’est semer des histoires inspirantes au fil des saisons. Des récits de vies paysannes, aux côtés de celles et ceux qui s’engagent pour un quotidien plus durable et désirable. 
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 Après un été à sillonner la France agricole, SEMAISON revient de plus belle, des récits plein la tête, des paysages plein les yeux (il faudra être patient, nous en reparlerons au moment venu). Au mois d’août, mes pérégrinations m’ont mené jusqu’à la ferme de Logodec, un ferme laitière plus que bio située dans le Morbihan. Céline et Christophe y élèvent des vaches Bretonne pie noir, des bovins qui auraient pu disparaitre dans les années soixante-dix sans le plan de sauvegarde de la race mis en place par la Société des Eleveurs, en 1976.
 

La ferme? « C’était un rêve de gamine. Quand j’avais cinq ans je disais déjà que je voulais avoir une ferme alors que je n’étais pas du tout du milieu agricole. » me dit Céline qui, des rêves plein la tête, ne fut que peu convaincue par ses études (un bac pro agricole et un BTS en production animalière), tournées en majorité vers la gestion de fermes intensives « dans un petit coin de ma tête je me disais toujours qu’il y avait autre chose de possible ». C’est à ce moment qu’elle rencontre Christophe, tous deux préparent un certificat de spécialisation en agriculture biologique, leurs envies se croisent. Deux ans après leur diplôme, le couple s’installe dans une première ferme, à Séné, posée sur une réserve naturelle. Leur choix se porte d’abord sur la Vache nantaise, avec pour but de monter un troupeau laitier de ce bovin encore plus rare au moment de leur installation que la Bretonne pie noir. En parallèle, ils démarrent la production avec quelques vaches Bretonne pie noir, sans ambition de les garder dans le temps. Tout ne se passe pas comme prévu « le potentiel laitier des nantaises s’était vraiment perdu »*. Sept ans après, le couple déménage à Pluvigner, il en profite pour se séparer des dernières vaches

nantaises de son cheptel: la ferme de Logodec est née. Il y a tout à imaginer sur ces 18 hectares de prairies, seul un vieux hangar fait office de bâtiment. S’en suivent cinq ans de travaux: planter des arbres, recréer des haies bocagères, bâtir la fromagerie, clôturer les prés, construire leur maison. Un chantier de taille qui n’effraie pas Céline qui s’est par la suite formée à l’éco-construction. Tout cela avec quatre enfants en bas âge, ça force l’admiration, « c’était un peu roots mais un super bon souvenir pour les enfants » se rappellent-ils.
 

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Plus qu’une production laitière, c’est une ferme en polyculture-élevage que je découvre. Le temps de poser mon sac à dos dans la caravane située face au champ où résident les ânes et des moutons, et me voilà partie à la découverte du lieu. Je passe le portail d’un pré, deux jeunes veaux y grandissent, l’un deviendra le nouveau taureau de la ferme. J’aperçois une silhouette, elle semble lire, assise près d’un arbre: c’est Marie-Estelle, wwoofeuse à la ferme dont je ferais la connaissance plus tard avec Fabien, un autre bénévole. Je continue mon chemin. Me voilà derrière la maison familiale où potagers et enclos se partagent le terrain. Poules, jars, canards coureurs indiens, chacun occupe une place dans l’écosystème du lieu. Les poules offrent des oeufs et mangent les restes de nourriture quand les canards, eux, vont se délecter des escargots qui ont tendance à envahir le potager et le verger pendant les saisons humides.  « La ferme ce n’est pas juste un lieu de production, c’est notre lieu de vie, c’est un projet familial. Avoir des animaux différents c’est sympa, c’est plus intéressant aussi » me dit Christophe. C’est ici que l’on trouve le verger qu’ils ont planté. Il est rempli de pommiers, de figuiers, de framboisiers. Il y a aussi des mûres et des actinidias* qui envahissent les grillages, ça donne de la hauteur au paysage. Les fruits sont ensuite transformés en jus et en confitures, une manière d’étayer leur gamme de produits au marché, un plaisir également pour Céline qui adore mijoter les confitures, « on aime bien aussi essayer d’être autonomes une partie de l’année avec nos fruits, avec nos confitures ».

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Ce n’est que le lendemain matin que je découvre l’enclos des cochons. Ils courent à notre arrivée, « ils ont vraiment une place dans notre système » m’explique le couple. En plus de recycler le petit lait qu’ils consomment goulument, les deux cochons offrent à la famille de la viande à l’année  « ça fait des productions complémentaires de proposer de temps en temps au marché de la viande de porc, et, toute l’année, des conserves de pâté et de rillettes ». Nous partons chercher les vaches pour la traite, Christophe et Céline nous guident vers les neufs vaches Bretonne pie noir à traire. « La Première vache qu’on a acheté était grise et ça c’est hyper rare. Ça a été un peu ma mission de sauver la souche grise » me dit Céline. Elles sont belles ces vaches de petite taille avec leur robe pie glazic. Rustiques, elles profitent des pâtures toute l’année, ça évite des coûts liés à la nourriture, supplémentée dans de nombreux élevages. Elles valorisent très bien les marais, supportent l’humidité. « Aller » clame Céline pour faire avancer ses protégées. La traite, c’est un moment privilégié avec les vaches qu’elle aime, ça explique en partie le choix d’avoir peu d’animaux. « Je voyais plus le troupeau comme des animaux de compagnie, que vraiment comme un troupeau de production. Alors c’est aussi effectivement notre production, c’est le lait qui nous fait vivre. Mais connaitre tes vaches, avoir un lien avec chacune, tu ne peux pas le faire si tu as un trop gros troupeau ». Ce lien, Christophe m’en parle aussi « On ne les considère pas juste comme un outil de production, mais comme des êtres vivants à part entière. On les considère comme des partenaires de notre activité. ». Ce travail n’existerait pas sans elles, il en a bien conscience, « c’est une coopération avec l’animal. On leur offre une protection, un endroit tranquille pour vivre, on leur garanti qu’elles aient tout le temps à boire et à manger, on les soigne si elles sont malades et en échange elles sont très reconnaissantes puisqu’elles nous donnent du lait. ». Les vaches connaissent leur place, elles s’installent dans la salle de traite. Céline sort deux pots à lait et commence à nettoyer les trayons des premières vaches avant de mettre la trayeuse en route. À leur installation, ils avaient décidé de traire les vaches à la main, mais des problèmes de santé les ont poussé à investir dans un peu de matériel « notre activité c’est quand même l’envie d’être le plus sobre possible, de consommer le moins possible ». Elle ajoute « Il y a aussi toute une conscience environnementale. On vit dans un monde qui ne peut pas perdurer tel qu’il est donc ça veut dire qu’il faut se préparer à pouvoir faire autrement. Effectivement, on avait essayé de faire le plus de choses possible à la main. Ce que l’on a pas réussi à faire sur du long terme parce que c’est quand même éprouvant: Christophe avait mal au dos, moi j’avais des tendinites sans arrêt. Christophe a pris la décision que ce n’était plus possible, sinon on allait devoir arrêter notre activité. ».

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À la fin de la traite, les chats s’affairent autour de Céline, on les entend miauler, ils attendent leur bol de lait. Les veaux s’y mettent aussi: deux seaux pour les jeunes bovins, un quart de seau pour les chats. Une fois les vaches relâchées dehors, tout le monde se rejoint pour le petit déjeuner, il est dix heures. Nous sommes un certain nombre, il y a Marie-Estelle et Fabien, les wwoofeurs; Clémentine, en stage à la ferme; Céline; Christophe; et leurs enfants. L’ambiance est conviviale, on étale sur nos tartines les confitures de la ferme et ce précieux beurre que Céline travaille à la main dans une jatte en bois de hêtre. Je dis précieux car sur le marché, tout le monde se l’arrache, il faut arriver tôt pour avoir une chance d’obtenir sa motte de 200 grammes. Qui jetterait la pierre aux acheteurs? Il est délicieux ce beurre salé. Après une pause bien méritée, nous voilà repartis. Nous scindons les équipes: l’une prépare le jardin pour la récolte des mûres, l’autre part  en fromagerie avec Christophe. La gamme de produits proposée est assez diversifiée: riz-au-lait, crème aux oeufs, du fromage blanc, des pavés de Logodec (un fromage similaire au Pont l’évêque), de la ricotta, des fromages frais et, bien-sur, du gwell. Ce yaourt breton fermenté à base de lait de Bretonne pie noir. Plus acidulé qu’à l’accoutumé, il est aussi onctueux et très gourmand. Nous avons du travail: on sale les fromages, on les retourne, on caille le lait, on égoutte le fromage blanc, on récupère la crème. Pendant ce temps, Christophe nous apprend rigoureusement chaque geste. Ça fait une vingtaine d’années qu’ils accueillent du monde à la ferme, ils sont pédagogues. « Notre façon de militer, c’est de partager notre lieu de vie et notre savoir faire » me disent-ils. En vingt ans, ils font le constat de changements « on voit aussi l’évolution de la société et ça c’est chouette. Il y a vingt ou vingt-cinq ans, les gens qui venaient découvraient toute la vie chez nous, tout était incroyable. Maintenant les gens ont tous entendu parler de toilettes sèches, tout le monde sait ce qu’est l’agriculture biologique alors qu’il y a vingt ans c’était pas forcement le cas. » Un constat plutôt positif.

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C’est ma dernière soirée à la ferme de Logodec, nous nous réunissons pour cuisiner tous ensemble. Marie-Estelle, qui vit en Argentine depuis quelques années, nous apprend la recette des empanadas. Tout le monde s’affaire autour de la grande table en bois de la cuisine pour étaler la pâte, la garnir de farce, puis former les petits chaussons à la viande de boeuf. Une occasion de s’évader le temps d’une soirée en Argentine. Le couple a vraiment à coeur de partager, « ça a été vraiment important pour l’éducation de nos enfants [le wwoofing] parce que pour les quatre, on a fait l’école à la maison. Donc pendant des années et des années, ils n’avaient pas de relations extérieures par l’école, […] je pense que ça a été vraiment une grande ouverture sur le monde pour eux. ».

J’aimerais vous faire partager ces doux souvenirs lactés à la ferme de Logodec. Nos promenades dans les champs en fin de journée quand le soleil prend une teinte dorée sur la robe des vaches, nos repas gourmands ponctués des délicieuses rillettes de la ferme, les gratouilles à Logodene et Irish, les deux vaches les plus câlines mais, surtout, tous ces moments où Christophe et Céline nous ont ouvert leur maison, leurs histoires et leur savoir-faire paysan. C’était riche et passionnant.
Le mieux, c’est encore de venir sur le marché bio d’Auray le jeudi soir, de goûter leurs produits et de les écouter parler de leur passion, de leur métier. Peut-être même qu’en arrivant tôt, vous aurez la chance de repartir avec une motte de beurre…

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