Le jardin de la forêt, permaculture et bien-être en forêt bretonne.

 La semaison, c’est la dispersion naturelle des graines d’une plante, c’est la contraction des mots semer et saison. SEMAISON, ce sont des milliers de graines cachées dans la terre qui n’attendent que le climax propice pour germer, c’est une plante qui émerge des fissures du béton sur un trottoir en ville. C’est semer des histoires inspirantes au fil des saisons. Des récits de vies paysannes, aux côtés de celles et ceux qui s’engagent pour un quotidien plus durable et désirable. 
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    Pour cette première rencontre, j’ai envie de te raconter l’histoire d’Annabelle et de Yunus. Celle d’une ancienne porcherie en élevage intensif devenue un lieu d’échange autour de la permaculture, de l’art et de l’épanouissement personnel, situé dans le Morbihan.

Après plusieurs années à sillonner le monde, c’est sur ce terrain, à l’orée de la forêt des landes de Lanvaux, que Yunus décide de poser son camion aménagé. Annabelle rejoint l’aventure quelques années plus tard en y apportant son expertise en maraîchage. Tout est à refaire dans ce lieu, vestige d’un ancien élevage porcin intensif, implanté sur une terre rocailleuse.
Dix ans après leur arrivée, le terrain a bien changé. La porcherie a laissé place à une charmante véranda toute en fenêtres récupérées ça et là. C’est ici, au milieu des succulentes et des cactus (la passion de Yunus), qu’ils organisent des concerts de jazz, qu’ils accueillent des stages de yoga ou des ateliers de cuisine.
La rénovation est supervisée par une association qui conseille les particuliers et les initie à certaines techniques d’eco-construction. S’ils viennent de finir de creuser une mare afin d’accueillir plus de biodiversité au jardin, les travaux ne sont pas terminés pour autant. Une partie du bâtiment est en rénovation afin d’y accueillir un cabinet dédié aux thérapies énergétiques, leur métier, ainsi que leur futur logement: une petite dépendance construite en majorité avec de la récup’ et des matériaux écologiques: bois local, isolation en chaux/paille, une grande porte en bois chinée sur internet, le carrelage glané ça et là, un poêle pour se chauffer l’hiver. Dernièrement, c’est une cuisine professionnelle qu’ils ont inaugurée par la production des confitures et des conserves de légumes qu’Annabelle mijote pour l’hiver avec les récoltes du jardin.

Idyllique, c’est le mot qui me vient à l’esprit quand ils me font visiter leur Eden pour la première fois. Le couple me raconte avec passion l’histoire de chacun des arbres qu’ils ont plantés sur le terrain. Des pommiers, des poiriers, des kiwis, des cognassiers, des pêchers, des framboisiers, des myrtilliers se mêlent aux plantes potagères et aux plantes d’ornement dans ce jardin qui recèle de secrets. Ce jardin, c’est le fruit d’années de travail et des apports réguliers de matières organiques (crottin, paille, tonte d’herbe, feuilles mortes, compost) amendés pour recréer un sol sur cette terre de rocaille peu profonde. En avançant, je découvre la serre construite lors d’un chantier participatif. Une bénévole, illustratrice, a inscrit sur l’une des portes vitrées « gardiens de la terre », ça leur ressemble bien.

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S’ils essayent de produire au maximum ce qu’ils consomment, Annabelle et Yunus ne se reconnaissent pas dans la notion d’autonomie. « Ce projet, c’est même l’inverse » me disent-ils. Ils cherchent plutôt à créer du lien en privilégiant le troc, en accueillant toute l’année des wwoofeurs (bénévolat dans des fermes biologiques en échange du gîte et du couvert) dans la carawwoof, une caravane colorée et chaleureuse avec une vue imprenable sur la forêt. D’ailleurs, bien qu’ils soient heureux de posséder un bois qu’ils laissent libre de toute intervention humaine, la notion de propriété ne leur parle pas vraiment.

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On se perdrait partout chez eux tant il y a à regarder: des objets en bois sculptés par Yunus comme ces oiseaux originaires de Russie qui étaient posés au-dessus des berceaux pour éloigner le mauvais oeil, ou bien ces fleurs en bois qu’il confectionne. Une vieille coque de bateau fait office d’étagère, on y retrouve leur collection de pierres en forme de coeur. L’amour, ils le voient jusque dans les pierres. Yunus et Annabelle c’est la générosité. Chacun est invité à venir s’incarner à son rythme dans ce lieu inspirant, à prendre le temps d’observer les oiseaux, d’écouter respirer la forêt, de déguster les produits du jardin tout juste cueillis. Chez eux, le temps s’efface pour laisser place à l’instant, en parfait accord avec la lumière bretonne.

À eux deux, ils incarnent avec brio les principes de la permaculture érigés par David Holmgren et Bill Mollison: prendre soin de la terre, prendre soin des autres et partager équitablement les biens.

J’aurais encore tant à vous dire sur cette rencontre, sur nos balades quotidiennes en forêt avec leur chienne Tara et l’expertise du couple sur les menhirs qui la peuplent, les énergies qui en émanent, sur les délicieuses conserves d’Annabelle, sur leur reconversion dans le bien-être dont ce lieu est la parfaite image. Le jardin de la forêt c’est l’odeur du rocket-stove en hiver, ce sont des rires, de la gourmandise, le pépiement des mésanges au printemps, c’est regarder le coucher de soleil près de la mare. C’est beau, ça réchauffe les cœurs, ça donne envie de regarder passer chaque saison à travers leur véranda. Si l’extérieur n’est pas toujours rose, ici, rien ne semble impossible.

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Un produit incontournable de leur jardin?  

Le poivre du Sichuan, Zanthoxylum piperitum, qui se récolte entre septembre et octobre.

Cet arbuste au feuillage caduc originaire de la province du Sichuan, en Chine, est utilisé depuis de nombreux siècles dans les cuisines chinoises, tibétaines, népalaises ou japonaises. Il fut importé en Italie au XIIIème siècle par Marco Polo. S’il était apprécié par la noblesse italienne, c’est surtout au XIXeme siècle que ces petites baies, faux poivriers de la famille des agrumes (les rutacées), s’encrent dans les cuisines occidentales grâce à leur réintroduction par des botanistes européens.
Issu des montagnes, la culture du poivrier du Sichuan est appréciée sous nos latitudes pour sa rusticité et sa résistance au froid. Il est planté au printemps ou à l’automne, en pleine terre ou en pot. Il faut en revanche attendre quatre ans pour en déguster les coques au goût citronné.

La récolte intervient à la fin de l’été, lorsque que le péricarpe se pare d’une robe rouge et s’ouvre naturellement pour laisser s’échapper la graine qui le contient. Ce ne sont pas les graines mais bien les cosses qui l’enveloppent qui sont utilisées en cuisine. Une fois récolté, il est séché et séparé des graines avant de rejoindre la cuisine pour parfumer délicieusement vos plats.

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